Patrick Fabre : « En 20 ans, on a pris conscience de la pollution plastique océanique, de ses conséquences au niveau de la faune, de l’océan »

Oceanoplastic est une ONG de lutte contre la pollution plastique océanique, en France. Sa devise, « Agir pour un océan sans plastique ». Entretien avec Patrick Fabre, le président.

The Seacleaners est une association de lutte contre les déchets plastiques dans les océans. Elle a comme projet The Manta, un bateau nettoyeur des plastiques flottants dans les océans.

« Je suis avec Yvan Bourgnon, l’initiateur de ce projet. Il y a d’autres projets. En France, Plastic Odyssey transforme le plastique en énergie pour faire avancer un bateau et faire un tour du monde des solutions pour utiliser le plastique. »

Quelles sont les conséquences sur l’humain, la faune et la flore ?

« Actuellement, scientifiquement parlant, on n’a pas établi de conséquences avérées sur la santé humaine. C’est en cours. Le plastique en lui-même, ce qu’on appelle le polymère, n’est pas digérable par l’être humain, ni par un grand nombre d’animaux. Aujourd’hui, pour fabriquer des plastiques, le durcir, le colorier, le rendre opaque, translucide, le rendre plus résistant à la chaleur, plus mou, on met des additifs à l’intérieur avec des produits très dangereux pour la santé humaine. À savoir des métaux lourds notamment des retardateurs de flammes, colorants, etc. Tous composés de produits chimiquement dangereux si les animaux marins l’ingèrent. Ils sont collés au plastique que l’on retrouve dans tous les organismes marins. Ce sont sont aussi des perturbateurs endocriniens, des toxines, des poisons. Ces produits ont des conséquences très graves sur la faune, principalement sur la fertilité, avec un taux réduit.

Les déchets provoquent une ingestion ainsi que des occlusions intestinales pour cause de satiété artificielle chez les animaux marins. Les sacs plastiques provoquent des occlusions empêchant les poissons et mammifères de se nourrir. Les estomacs se remplissent d’objets non digérables. Donc tout ce qui ne peut être éliminé par les voies naturelles reste dans l’estomac. Par exemple, la tortue, qui se nourrit de méduses confondent les déchets, en particulier les sacs plastiques, avec leur proie. La présence de plastiques entraîne la prolifération d’espèces invasives car contrairement à tous les autres déchets naturels qui dérivent sur les océans, et qui finissent par se (bio)dégrader, le plastique a une durée de vie suffisante pour jouer un rôle de transporteur d’espèces invasives à l’échelle internationale. N’oublions pas les filets de pêche en plastique. Ceux abandonnés en mer, qu’on appelle « filets fantômes ». Leurs présences entraînent, sur la faune, emprisonnement et mort par étouffement, prédateurs ou de faim. »

Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’études auparavant sur les conséquences humaines ?

« Les continents de plastique ont été découverts en 1997, par un navigateur américain, Charles Moore. Entre une découverte comme celle-ci et ce qui se passe aujourd’hui, il s’est écoulé 20 ans. En 20 ans, on a pris conscience de cette pollution, de ses conséquences au niveau de la faune, de l’océan. 20 ans c’est très peu. Le plastique existe depuis 70/80 ans de manière industrielle. Avant, on jetait les déchets dans la nature parce qu’ils se dégradaient seuls. Pour monter une expédition, en établir le programme, en trouver le financement, la réaliser, produire un rapport d’expédition scientifique. Entre l’idée et le bilan, il se passe 3/4 ans. A l’échelle humaine, on réagit finalement assez vite. »

Que fait l’État dans tout ça ?

« Il y a eu la loi sur le plastique jetable qui a été initié d’abord sur l’interdiction des sacs plastiques et ensuite sur toute la vaisselle jetable dans un décret de 2016. L’Etat fait son boulot, pas aussi vite qu’il le faudrait. Peut-être avec des difficultés des lobbys. Par exemple, la notion de consigne ne peut pas être mise en place facilement parce qu’il y a des lobbys de partout. Pour moi, la consigne de la bouteille plastique est une excellente solution à leur gestion dans la nature. »

Votre objectif est de développer des comportements plasticitoyens. Chaque année, des rendez-vous plasticitoyens sont organisés. Qu’est-ce que ça signifie ?

« On est dans une démarche explicative, informative, de sensibilisation qui fait prendre conscience à chacun que son geste quotidien peut avoir des conséquences énormes sur la planète, l’océan. Quand vous mangez une barre de céréales sur la plage, il peut y avoir un petit coup de vent. On peut le mettre dans une poche de son sac qui va être fermé et qui ne risque pas de s’envoler. Ce geste va peut-être économiser 10 grammes de plastique dans la mer. La notion de plasticitoyenneté, on la diffuse en entreprise. Agir c’est faire attention et c’est le faire savoir pour diffuser la bonne pratique autour de soi. C’est un néologisme de notre origine que nous avons déposé. Les gens s’identifient. »

Où se situe cette pollution en France ? Diriez-vous qu’elle soit davantage dans l’océan Atlantique ? Ou dans la mer Méditerranée ?

« La pollution n’est jamais au même endroit. Elle varie en fonction des sources. A la sortie de certains fleuves et dans certaines conditions météorologiques, on peut retrouver une forte concentration. Mais ça peut être aussi une forte saisonnalité. Comme les crues des grands fleuves. On a eu en 2016 une grosse crue de la Seine qui a fait sauté tous les barrages, installés sur le fleuve. Tous les déchets ont pris le large. On ne peut pas dire que la pollution est à un endroit précis. Les déchets plastiques qui flottent – une partie va couler très rapidement (80%) – vont dériver au gré du vent. Les plastiques, au lieu de se dégrader au fin fond des océans, peuvent aussi continuer à flotter et se déverser sur une autre plage ou littoral. Par exemple, dans le Pays Basque, on retrouve énormément de plastique qui vient de l’Espagne. Dans le sud de l’Angleterre, c’est de la France. En Sardaigne, d’Italie. Tout est conditionné par le courant et le vent. »

L’association Oceanoplastic a été fondée en 2016. Elle a une vocation environnementale. Son but est de supprimer les fuites de plastique dans la mer. Vous en êtes le président.

« On travaille sur les sources de pollution sur le littoral pour éviter que les plastiques aillent en mer. Notre stratégie consiste à mettre en place des outils d’observation multiples. Par exemple, on est en train d’instaurer un réseau d’observateurs sur le littoral. Ça peut être aussi la collecte de déchets. L’an passé, nous en avions organisés une avec 600 collecteurs sur 16 sites en simultané pour voir d’où viennent les déchets pour ensuite agir à la source. On est là pour trouver des solutions. On observe d’où viennent les déchets qui se concentrent ensuite sur des nappes de plastique en Méditerranée. »

De quelles activités viennent ces déchets ?

« Par exemple, des déchets de l’activité d’élevage marin, ostréicole… Sur d’autres zones, il peut y avoir des déchets en polystyrène, issus de l’activité commerciale de la pêche. Des déchets sont issus de l’activité touristique, principalement des bouteilles d’eau. De l’activité sportive sur le littoral comme la planche à voile générant des déchets, bouts de planches, de voile, de harnais… Mais aussi des déchets alimentaires, barres de céréales paquets de chips, des encas qu’on utilise quand on fait des régates en voile. Sur certaines zones, ce sont des briquets, des cotons-tiges. Les briquets on les retrouve sur des zones où il y a beaucoup de promeneurs. Les cotons-tiges on sait que ça provient d’un comportement d’une certaine catégorie de personne et d’habitat. Ils mettent ce type de produits dans les toilettes. Parfois, on ne sait pas d’où ils viennent mais on sait ce que c’est. »

Vous avez des exemples ?

« Des bouts de plastique qu’on n’arrive pas à identifier, trop détruits, qui ont séjourné longtemps dans la mer pour qu’on les identifie. Comme des déchets d’emballage alimentaire, dont le marquage a complètement disparu. On se retrouve avec des feuilles de plastique fines et transparentes. »

Propos recueillis par Carole Latouche

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