Un dispositif de capteurs de pollution mis en place dans une vallée haut-savoyarde

La vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, est un territoire qui subit chaque année la pollution.

Cette vallée est entourée de montagnes. C’est une « vallée encaissée », détaille Timothée Vedrenne, coordinateur Ambassadeurs Air Energie de la Communauté de communes Pays du Mont-Blanc (CCPMB). « En février, quand il va faire grand soleil, ça va se réchauffer plus vite en altitude qu’en plaine. » Résultat, il n’y a pas de mouvement d’air. Il précise : « Tout ce qui est émis, que ce soit par l’industrie, une cheminée de chauffage au bois, la voiture, ne peut plus être évacué par le vent. »

Quand on parle pollution de l’air, cela veut dire que des polluants émettent en grande quantité. « Par exemple, il peut y avoir du souffre qui est émis à un endroit. Si c’est en très faible quantité, ça ne va pas être de la pollution, indique Timothée Vedrenne. S’il y en a un très grand nombre qui est émis à un endroit, derrière il y aura pollution, avec des conséquences sur l’Homme. »

Deux polluants présents dans la vallée

Au niveau de la CCPMB, le polluant principal qu’on retrouve en hiver sont les particules fines, « l’équivalent de la poussière », admet-il. Plus elles sont petites, plus elles vont aller loin dans l’organisme. Des conséquences pour la santé, notamment au niveau respiratoire. « C’est un facteur aggravant si on fait de l’asthme », relate le coordinateur.

Leur origine c’est la mauvaise utilisation du chauffage au bois sur le territoire. Il ajoute : « Le fait qu’on sache officiellement que les particules fines viennent majoritairement du chauffage au bois date de 2010—2015. Plusieurs tests sont sortis à ce moment-là et ont mis ce phénomène en avant. »

Au niveau de la santé, la recherche se focalise sur les conséquences des particules fines. « Par exemple, certaines sont émises par le chauffage au bois. Elles n’ont pas les mêmes propriétés chimiques, et n’auront pas les mêmes effets sanitaires que celles émises par une voiture. Au niveau scientifique ce sont des choses qu’on ne sait pas. Actuellement, deux tests sont en cours à Grenoble pour connaître leurs origines et leurs impacts sur la santé. »

L’autre polluant, en été, c’est l’ozone. « L’été dernier, la vallée de l’Arve n’en avait pas tant mais au niveau d’Annecy, de Lyon, il y a eu une grosse période de pic de pollution de ce type. C’est un polluant qu’on appelle secondaire. Les véhicules vont émettre du dioxyde d’azote. Avec le rayonnement du soleil, cela va se transformer en ozone. À basse altitude, ça va irriter les voies respiratoires. Cet ozone est lié au déplacement des véhicules. »

Une qualité de l’air qui s’améliore

En vallée de l’Arve, la qualité de l’air s’améliore d’années en années, « depuis 2015 », observe Timothée Vedrenne. « En particulier pour les particules fines. » Comment expliquer ce constat ? « Avec des systèmes de chauffage plus performants qui brûlent mieux le bois et donc moins émetteur de particules fines, révèle le coordinateur. Les politiques publiques vont aussi essayer d’accélérer certains changements. Pour le chauffage au bois, il y a une prime qui existe et qui permet de financer à hauteur de 2 000€ un changement de système de chauffage au bois. Il y a aussi l’amélioration des véhicules. Des normes sont mises en place et imposées pour pouvoir rouler. »

Un micro-capteur pour s’informer de la qualité de l’air dans son environnement

Depuis janvier jusqu’en avril 2019, 150 habitants volontaires de la vallée de l’Arve bénéficient de micro-capteurs, grâce à un partenariat entre la CCPMB et l’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA), organisme surveillant la qualité de l’air.

La vallée de l’Arve est un territoire d’expérimentation s’inscrivant dans un projet européen en partenariat avec différents pays de l’arc alpin, comme l’Autriche. « On est sur des territoires de montagne avec des problématiques liées au chauffage au bois », observe Timothée Vedrenne.

Les 150 habitants mesurent les taux de particules fines présentes dans l’air. « Ça permet de se rendre compte des actions qui émettent peu ou beaucoup de particules fines, au quotidien, et de remettre en question mes habitudes, détaille Timothée Vedrenne. Par exemple, des personnes font le trajet tous les jours pour emmener leurs enfants à l’école ou pour aller au travail. Elles pourront mesurer la qualité de l’air sur ce trajet-là, grâce au micro-capteur que l’on peut prendre partout avec soi. Elles verront si ce parcours est moins polluant qu’un autre. »

Denise Devouassoux, une habitante de Sallanches, a testé cet outil, en janvier. Pour l’utiliser, elle l’allume. L’air rentre dans le capteur par les trous, situés à l’avant. L’habitante se connecte à l’application Air Casting pour mesurer le taux de polluants.

« C’est comme un appareil Bluetooth », raconte sa fille. Cette dernière explique qu’elle « ne ressent pas la pollution ». Pour elle, « difficile de savoir si la pollution affecte ma santé ». Quand Denise Devouassoux veut faire un test, elle le nomme. Une fois la manipulation effectuée, un écran affiche les différents types de particules : PM1, PM2,5 et PM10. « Ça correspond à la taille des particules fines, certifie Denise Devouassoux. Plus le chiffre est petit, plus elle est petite. » Elle peut voir le rendu sur un graphique. « Là, on voit qu’on est bon, on est dans le vert. »

Denis Devouassoux l’a utilisé lors de randonnées, dans la cuisine lors de cuisson, en voiture, à son démarrage, dehors dans son jardin lors de l’allumage de son poêle à bois, dans l’usine où elle travaille. « Quand je démarre ma voiture, le niveau de pollution grimpe tout de suite », remarque-t-elle.

La CCPMB dispense des formations pour s’en servir. À terme, l’idée est d’étendre l’expérimentation à l’échelle régionale. « Si j’habite à Annecy, je peux m’inscrire sur le site de la captothèque, développé par Atmo AuRA, pour demander un capteur pendant deux-trois semaines », met en avant Timothée Vedrenne . « Cet outil permet de voir comment on est exposé à la qualité de l’air. C’est en se rendant compte de l’impact de son exposition à l’air, qu’on remet en question ses pratiques et activités. Il n’y a rien d’imposer. Je constate et après je décide d’agir ou pas. »

Plusieurs dispositifs mis en place par la CCPMB

La CCPMB a mis en place différents programmes pour diminuer la pollution. Comme « le Fonds Air Entreprises permettant aux patrons de bénéficier d’une subvention si elles améliorent leur système de chauffage », indique Timothée Vedrenne.

« Pour les particuliers, il y a le fonds air bois qui permet de changer son poêle à bois pour un plus performant. Les ambassad’airs, un programme de la CCPMB où des jeunes en service civique, vont rencontrer les habitants du territoire pour leur parler des bonnes pratiques et des actions que tout le monde peut faire à son échelle, avec ou sans investissement financier. Cela se traduit par mettre en avant ce qui existe en termes de subventions et d’aides financières pour améliorer l’isolation de son habitat. Il y a aussi le transport à la demande de la communauté de communes. Des entreprises sont réunies sous le réseau Green et développent du covoiturage inter-entreprises. L’application Mov’ici a aussi été mise en place par la Région dans ce cadre-là. »

Une technique existe permettant de diminuer la quantité de particules fines que le chauffage au bois émet : l’allumage par le haut. « Au lieu d’allumer le feu comme le faisaient les Cro-Magnon, c’est-à-dire en mettant du petit bois et des branches puis des bûches, on inverse tout ça. On allume le feu par le haut. Cette technique est peu connue. » L’objectif final de ce dispositif serait d’intégrer les mesures des particuliers à celles des stations de mesure fixes. « Il y en a environ sept dans la vallée de l’Arve coûtant entre 100 000 et 300 000 €. Elles mesurent l’air24h/24, 7j/7. Ces données sont compilées et vérifiées. »

Carole Latouche

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